Quelle est la suite pour FinDev Canada ?

Mettre sur pied une IFD de calibre mondial

En janvier 2018, le Canada a commencé à opérationnaliser son institution de financement du développement (IFD), FinDev Canada. Cette initiative majeure pour le pays faisait suite à des années de travail de sensibilisation par ISF Canada, entre autres.

Une IFD est une banque de développement dont l’actionnaire majoritaire est normalement le gouvernement national et qui vise à offrir de nouveaux modes de financement aux petites et moyennes entreprises (PME) des pays en développement, à condition qu’elles génèrent des retombées sociales. La création d’une IFD symbolisait la volonté réaffirmée du Canada de vouloir impliquer le secteur privé dans le développement international et démontrait que le Canada comprend la nécessité de mobiliser différentes ressources afin d’atteindre nos objectifs mondiaux. Pour y arriver, toutefois, FinDev se doit d’être une IFD de calibre mondial qui, en plus de contribuer à l’apport de nouvelles ressources financières des secteurs privés au développement international, doit être une leader en la matière.

Dans ce contexte, le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international de la Chambre des communes (FAAE) publiait, en mars 2018, un rapport intitulé Focalisation, Indépendance, et Patience : Bâtir une institution de financement du développement canadienne de calibre mondial. Ce rapport représentait le fruit de plusieurs consultations auprès de parties intéressées et d’expert·e·s, dont ISF, et consistait en une liste de recommandations sur la meilleure manière de concevoir et d’implanter FinDev. Les recommandations mettent l’accent sur son indépendance et ses retombées et accordent à FinDev une plus grande tolérance au risque. Tous ces éléments sont essentiels à l’aboutissement d’une IFD efficace mettant le développement au premier plan.

Placer la barre haute

La semaine dernière, le gouvernement du Canada a publié sa réponse officielle au rapport. Puisqu’ISF a joué un rôle crucial dans la création de FinDev Canada – et que notre PDG, Boris Martin, siège à son conseil consultatif – vous pouvez être sûr·e·s que nous étions très attentifs et attentives.

Dans sa réponse, le gouvernement indiquait la nature de sa collaboration avec FinDev et l’organisme dont elle est une filiale, Exportation et développement Canada (EDC), afin que FinDev soit conçue et établie en tant que chef de file mondial en matière de financement du développement. Selon le gouvernement, FinDev exercera ses activités selon les trois pratiques exemplaires suivantes :

  1. FinDev travaillera, sans lien de dépendance avec le gouvernement, en tant que filiale d’Exportation et développement Canada (EDC), et aura ses propres conseil d’administration et conseil consultatif, afin d’assurer son indépendance dans la conduite de ses activités quotidiennes.
  2. FinDev sera assujettie aux « lois et normes canadiennes en matière de responsabilisation et d’intégrité » du gouvernement du Canada, ce qui signifie qu’elle devra respecter certaines lois nationales et internationales, dont la Loi sur l’administration financière et toutes les normes de responsabilité sociale d’entreprise d’EDC.
  3. Les ambitions de FinDev seront « complémentaires aux programmes d’aide internationale, sans les substituer, en catalysant l’investissement privé pour le développement international », ce qui veut dire que ses investissements doivent cadrer avec les priorités de développement international du Canada, sans reproduire le travail déjà accompli.

En choisissant de mettre l’accent sur ces pratiques, le gouvernement démontre que les trois principaux critères nécessaires à la construction d’une IFD de calibre mondial sont l’absence de lien de dépendance avec le gouvernement, la transparence de son modèle et la complémentarité de son travail avec celui déjà effectué par le gouvernement.

Quelle est la suite pour FinDev Canada?

Chez ISF, nous nous engageons à faire en sorte que FinDev Canada maximise son impact sur le développement et exerce son leadership dans l’apport de financement si crucial aux entreprises sociales en phase de démarrage d’Afrique subsaharienne, plus particulièrement celles dirigées par des femmes ou des jeunes. Il a maintes fois été prouvé que lorsque l’on investit dans ces groupes, non seulement leur propre pouvoir d’agir est-il renforcé, mais ils renforcent aussi celui de leurs collectivités par le travail qu’ils accomplissent et les emplois qu’ils créent. C’est pourquoi nous sommes encouragés de voir que les discussions concernant la meilleure manière de concevoir et d’opérationnaliser FinDev Canada sont constantes et collaboratives, et nous approuvons chaudement les recommandations faites par le FAAE.

Le public a été convié au lancement officiel de FinDev le 17 septembre dernier, mais l’équipe, menée par son Directeur général, Paul Lamontagne, a manifestement travaillé dur pendant plusieurs mois avant l’événement. L’IFD a réalisé son premier investissement dans M-KOPA Solar, une jeune entreprise kényane qui, en plus de fournir de l’éclairage à l’énergie solaire aux personnes vivant dans la pauvreté, a engagé des expert·e·s pour élaborer sa stratégie fondée sur l’égalité des sexes et a prôné la mobilisation, en juin 2018, de trois milliards de dollars pour les entreprises dirigées par des femmes. Le programme inclusif et innovateur conçu par FinDev pour son lancement, couplé à la volonté de Paul Lamontagne, de la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, et du président d’EDC, Benoît Daignault, de générer des retombées sociales nous portent à croire que FinDev Canada est bel et bien destinée à devenir l’IFD révolutionnaire du XXIe siècle.

En raison de l’engagement éthique et ferme de FinDev en faveur du changement, l’enjeu consistera à opérationnaliser cette IFD afin qu’elle performe sur tous les plans : financier, social et environnemental. Un défi pour le moins gigantesque. La mission des organismes de développement, y compris ISF, sera donc de soutenir l’équipe de FinDev dans ses efforts.

Le Canada a l’occasion exceptionnelle d’établir FinDev comme l’une des IFD les plus efficaces et innovatrices du monde. Le Canada, avec la plus jeune des IFD du G7, peut tirer profit de l’expérience des autres. Notre IFD peut devenir l’un des outils de développement international les plus efficaces du Canada, pourvu qu’elle équilibre les risques, qu’elle tire profit des ressources financières additionnelles du secteur privé et qu’elle priorise les retombées sociales sur le développement. Pour ce faire, nous devrons tous – le gouvernement, la société civile, le secteur privé et les autres principales parties intéressées – continuer à travailler ensemble. Si nous y parvenons et que nous dégageons des milliards de dollars en nouveaux investissements, nous pouvons stimuler la croissance économique et aider à la création d’un monde plus prospère et pacifique pour tout le monde.

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