Catastrophes naturelles : Préparation, pauvreté et politiques publiques

Prateek Awasthi (@prateekawasthi) est directeur des politiques et du plaidoyer chez Ingénieurs sans frontières Canada (ISF).

L’ouragan Irma a frappé les Caraïbes la semaine dernière, laissant sur son passage des pertes tragiques en vies humaines, des destructions incalculables de maisons et d’entreprises, et des communautés et pays dévastés. En lisant sur ce sujet, j’ai fait ce que je fais souvent : j’ai fait un don en ligne à la Croix-Rouge et j’ai encouragé mes ami·e·s et ma famille à faire de même. Mais, à mesure que les températures mondiales augmentent, ces catastrophes naturelles pourraient continuer de croître, ou bien devenir moins fréquentes, mais plus fortes. Les événements météorologiques ont un impact sur nos vies et au rythme que leur intensité augmente, nous devons nous préparer en conséquence.

Toutefois, l’investissement dans la réduction des risques de catastrophe exige des ressources, et les catastrophes naturelles affectent de façon disproportionnée les pays pauvres ainsi que les plus pauvres au sein des pays touchés. La Brookings Institution explique : « Ce sont presque toujours les personnes pauvres et les marginalisées qui sont les plus touchées par les catastrophes naturelles. Elles ont tendance à vivre dans des environnements moins sûrs et dans des abris moins sécuritaires. Les bidonvilles construits avec des matériaux de piètre qualité sont plus vulnérables aux tremblements de terre, aux glissements de terrain et aux inondations que les maisons où les riches ont plus tendance à rester… De plus, les catastrophes naturelles approfondissent les inégalités entre les sexes et la vulnérabilité préexistante ».

Qui plus est, les pays les plus pauvres du monde reçoivent également une fraction des fonds dont ils ont besoin pour être bien préparés, même si chaque dollar consacré à la réduction des risques permet souvent d’économiser de 3 à 15 dollars en soutien financier après une catastrophe. Au lendemain de l’ouragan Matthew, le magazine Time a rapporté : «  La tempête a déchiré les Caraïbes, apportant des pluies torrentielles et des vents violents en Haïti, à Cuba et aux Bahamas. Bien qu’il ait durement frappé chacun de ces pays, Haïti a connu la plus grande dévastation avec plus de 470 morts, contre seulement une poignée dans ses pays voisins des Caraïbes. La différence clé entre les pays qui réussissent à surmonter une tempête et ceux qui luttent, c’est la préparation et le degré de pauvreté. »

La pauvreté et les inégalités affectent également le redressement d’un pays.

Un rapport d’Amnesty International a montré qu’en Haïti, cinq ans après le tremblement de terre, 85 000 personnes se trouvaient toujours dans des camps de personnes déplacées et qu’il y avait de nombreux cas d’expulsion forcée et de violation des droits de la personne. De plus, les 13,5 milliards de dollars d’aide humanitaire qui ont été recueillis immédiatement après la catastrophe n’ont visiblement rien amélioré. Les organisations d’aide internationale ont également été incompétentes ou inefficaces, et les efforts de redressement ont été ralentis ou annulés par une épidémie de choléra (pour laquelle l’ONU s’est en quelque sorte excusée), les ouragans, les inondations et les tempêtes tropicales qui ont suivi.

Comparez le redressement d’Haïti et celui du Japon après le tremblement de terre et le tsunami. Bien qu’il ne soit en aucun cas parfait ou achevé, en cinq ans, le Japon a réussi à déblayer des millions de tonnes de débris, à reconstruire les routes et les ponts dans les zones côtières et à construire des logements permanents pour la moitié des personnes déplacées.

Les politiques publiques peuvent faire une différence.

Partout dans le monde, les pays sont appelés à investir dans l’amélioration des bâtiments et dans des mesures de prévention des inondations. En 2015, la troisième Conférence mondiale des Nations Unies sur la réduction des risques de catastrophe à Sendai, au Japon, a adopté un cadre d’action qui met l’accent sur une meilleure compréhension des risques, des systèmes de gouvernance pour les gérer, le renforcement de la résilience ainsi que l’amélioration des interventions et du redressement. De plus, les gouvernements locaux peuvent faire participer les citoyens et citoyennes à la préparation aux catastrophes naturelles, à l’élaboration de plans d’intervention et de secours avec la participation des collectivités locales.

Une partie du succès de la reprise au Japon est due à un environnement favorable qui facilite les partenariats entre les bénévoles et les entrepreneur·e·s. Dans une histoire inspirante de la ville d’Iwaki, au nord de Tokyo dans la préfecture de Fukushima qui a été dévastée en 2011, le gouvernement local a fait équipe avec la communauté locale et des entreprises privées pour reconstruire l’économie locale. Un partenariat public-privé a créé Wonder Land, « un parc à thématique agricole intégré », qui produit des tonnes de tomates suspendues dans les airs et les fournit aux restaurants locaux.

Le gouvernement a également permis au public d’avoir accès aux données sur les niveaux de radioactivité, rétablissant ainsi la confiance des consommateurs et consommatrices dans l’achat de poisson pêché dans les eaux locales. Soutenus par les politiques gouvernementales, des bénévoles ont reconstruit l’aquarium de Fukushima et d’anciens mineurs de charbon ont créé une station thermale sur le thème hawaïen, ce qui a ramené le tourisme et les revenus qui en découlent.

Aujourd’hui, notre priorité doit être d’aider les survivant·e·s de l’ouragan Irma et d’autres catastrophes naturelles dans le monde à se redresser et à reconstruire leur vie. Mais une fois que les secours immédiats sont fournis, que les familles sont réunies et que les maisons sont reconstruites, nous devons nous efforcer de renforcer la résilience des communautés et des pays, afin que les phénomènes météorologiques violents ne perturbent pas d’emblée les communautés, ne causent pas de pertes humaines et économiques et ne deviennent pas des catastrophes.

Nous pouvons y parvenir en redoublant d’efforts pour mettre fin à la pauvreté et aux inégalités dans le monde. Pour ce faire, nous pouvons accroître l’aide au développement des pays les plus pauvres du monde afin qu’ils puissent investir dans la construction d’infrastructures, de collectivités et d’économies solides. Nous pouvons aussi créer des environnements propices à l’esprit d’entreprise et à l’innovation. Ce n’est qu’alors que nous commencerons à nous attaquer aux causes fondamentales de la souffrance dont nous sommes témoins aujourd’hui.

ISF Canada contribue de façon importante.

Comme Boris Martin, notre PDG, l’a partagé dans ses réflexions la semaine dernière, ce n’est pas le travail d’ISF de répondre aux catastrophes : nous ne le ferions pas aussi bien que d’autres groupes. Mais par notre voix collective, nous promouvons des systèmes de commerce, d’aide et de développement internationaux qui sont équitables, construisant un monde un peu plus résilient face à des catastrophes comme l’ouragan Irma.

Au cours des prochains mois, le gouvernement canadien entamera des négociations sur son budget de 2018, dans lequel nous demanderons une augmentation de l’aide publique au développement, afin que les pays les plus pauvres du monde et les personnes les plus marginalisées de ces pays puissent échapper à la précarité et devenir plus résilients.

En janvier, le Canada lancera son institution de financement du développement (IFD) (une grande victoire pour notre travail de plaidoyer !) et nous veillerons à ce que l’IFD soit mise en place pour réussir et pour soutenir les entrepreneur·e·s sociaux (en particulier les jeunes femmes !), qui peuvent stimuler les économies locales en les aidant à se rétablir et à prospérer.

Et l’an prochain, au Canada, en Afrique et dans le reste du monde, nous demanderons aux chefs de file mondiaux de mettre l’innovation et l’entrepreneuriat au service du développement, afin de bâtir un monde plus durable et plus inclusif.

Alors, avec un sens profond de la responsabilité, de l’humilité et de la reconnaissance de nos privilèges, réaffirmons notre engagement et mettons-nous au travail.

Hurricane Irma pummelled the Caribbean last week, leaving in its path tragic losses of life, untold destruction of homes and businesses, and devastated communities and countries. As I read about it, I did what I often do: go online to donate to the Red Cross, and encourage my friends and family to do the same. But as global temperatures rise, such natural disasters could continue to increase or become less frequent, but more intense and the more severe, weather-related events impact our lives, the more prepared we need to be.

However, investing in disaster risk reduction requires resources, and natural disasters disproportionately impact poor countries, and the poorest within countries. The Brookings Institution explains: “Within countries, it is almost always the poor and marginalized who are disproportionately affected by natural disasters. They tend to live in less safe environments and in less safe shelter. Shoddily-constructed slums are more vulnerable to earthquakes, landslides and flooding that the homes where the rich are more likely to live… Natural disasters exacerbate existing gender inequalities and pre-existing vulnerabilities.”

What’s more, the poorest countries in the world also receive a fraction of the funds they need to be well-prepared, even though every dollar spent on risk reduction can often save $3 to $15 dollars in post-disaster aid. In the aftermath of Hurricane Matthew, Time magazine reported, “The storm tore through the Caribbean, bringing torrential rain and high winds to Haiti, Cuba and the Bahamas. But despite hitting each of these countries hard, Haiti faced the greatest devastation with more than 470 killed compared to just a handful in its neighboring Caribbean countries. The key difference between countries that succeed in weathering a storm and those that struggle is preparation and poverty.

Poverty and inequality also affects recovery.

A report by Amnesty International showed that in Haiti, five years after the earthquake, 85,000 people remained in internally displaced persons (IDP) camps, and there were many cases of forceful evictions and human rights abuses. Further, there was little to show for the $13.5 billion dollars in humanitarian aid that was raised in the immediate aftermath. International aid organizations were also either ineffective or inefficient, and recovery efforts were slowed down or reversed by a cholera epidemic (which the UN sort-of apologized for) and subsequent hurricanes, floods and storms.

Compare Haiti to Japan’s recovery from the earthquake and tsunami. While it is by no means perfect or fully completed, within five years, Japan managed to clear out the millions of tons of debris, rebuild roads and bridges in the coastal areas and permanent housing for half the people displaced.

Public policy can make a difference.

Across the world, countries are being called to invest in improved buildings and flood-prevention measures. In 2015, the Third UN World Conference on Disaster Risk Reduction in Sendai, Japan adopted a Framework that emphasises better understanding of risk, governance systems to manage risk, building resilience, as well as enhancing response and recovery. Local governments can engage citizens in preparing for natural disasters, developing response and relief plans with the participation of local communities.

A part of the success in Japan’s recovery is due to an enabling environment that facilitates partnerships with volunteers and entrepreneurs. In an inspiring story from Iwaki City, north of Tokyo in the Fukushima prefecture that was devastated in 2011, the local government teamed up with the local community and private firms to rebuild the local economy. A public-private partnership created Wonder Land, “an integrated agricultural theme park,” that produces tons of tomatoes hanging from the air, and supplies them to local restaurants.

The government also enabled public access to data on radioactivity levels, thereby restoring consumer confidence to buy fish caught in local waters. Supported by government policies, volunteers rebuilt the Fukushima Aquarium, and former coal-miners set up a Hawaiian-themed spa resort, bringing back tourism and the revenue that comes with it.

Today, our priority must be to support the survivors of Hurricane Irma and other natural disasters across the world to recover and rebuild their lives. But once immediate relief is provided, families are reunited, and homes are rebuilt, we must work to strengthen the resilience of communities and countries so that severe weather-related events do not automatically disrupt communities, cause human and economic losses and become disasters.

We can do this by redoubling our efforts to end global poverty and inequality. We can increase development aid to the poorest countries in the world so that they can invest it in building resilient infrastructure, communities and economies. And we can create enabling environments to unleash entrepreneurship and innovation. Only then do we start addressing the root causes of the suffering we are witnessing today.

EWB Canada contributes in an important way.

As Boris Martin, our CEO, shared in his reflections last week, it’s not EWB’s job to respond to disaster. We wouldn’t do that nearly as well as other groups would. But through our collective voice, we promote systems of trade, aid and global development that are fair, building a world that’s just a bit more resilient in the face of disasters like hurricane Irma.

In the coming months, the Canadian government will begin negotiations on its budget for 2018, in which we will ask for increases in official development assistance, so that the poorest countries across the world, and the most marginalized people within those countries, can escape poverty and become more resilient.

In January, Canada will launch the Development Finance Institute (DFI) (a big win for our advocacy work!), and we will make sure the DFI is set up for success, to actually support social entrepreneurs (particularly young women!), who can drive local economies to recover and thrive.

And next year, in Canada, Africa and the rest of the world, we will call on global leaders to leverage innovation and entrepreneurship for development, to build a more sustainable and inclusive world.

So, with a deep sense of responsibility, humility and acknowledgement of our privilege, let’s reaffirm our commitment and get working.

 

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