Se mettre au travail avec la gueule de bois de 2008

Prateek Awasthi (@prateekawasthi) est directeur des politiques et du plaidoyer chez Ingénieurs sans frontières (ISF) Canada.

Pour beaucoup de gens, la semaine dernière a été marquée par le retour des vacances, la prise de résolutions (voici quelques conseils de psychologues sur la façon de les tenir !) et le retour au travail (voici ce que les National Institutes of Health des États-Unis ont à dire sur les traitements contre la gueule de bois).

Alors que la plupart des Canadiens et Canadiennes retournent au travail (avec le taux de chômage n’ayant jamais été aussi bas), ce n’est pas le cas d’environ 200 millions de chômeurs et chômeuses dans le monde et des centaines de millions d’autres qui sont sous-employé∙e∙s. En fait, avec le monde tel qu’il est, être capable d’aller travailler n’est pas quelque chose que nous pouvons prendre pour acquis (pas seulement parce que des robots pourraient vous voler votre emploi).

L’économie mondiale est en croissance, mais ne s’est pas encore remise de la crise économique de 2008, et le peu de croissance qu’elle a connu depuis lors ne crée plus d’emplois comme avant. La Réserve fédérale américaine a ajouté 3,5 billions d’argent frais depuis 2008, et les banques européennes, chinoises et japonaises ont fait de même; cependant, cet argent n’a pas été investi en prêtant aux entreprises, par exemple, mais plutôt utilisé pour acheter des instruments financiers, déversé sur le marché boursier ou dort, inutilisé, dans des fonds de capital-investissement. Par conséquent, nous n’avons pas la croissance économique réelle dont nous avons besoin, seulement une hausse des prix des actifs (et de gros bonus pour les financiers).

Laissez-moi expliquer.

Lorsque vous déposez votre épargne auprès d’une banque, ils la prêtent à des entrepreneur∙e∙s qui font croître leur entreprise (au moyen de prêts ou en achetant des actions dans leur entreprise). Ces entrepreneur∙e∙s utilisent l’argent supplémentaire pour embaucher plus de travailleurs et de travailleuses, acheter de nouvelles machines et vendre leurs biens ou leurs services sur le marché. Quand ces entreprises font des profits, elles remboursent les banques qui, à leur tour, vous remboursent avec les intérêts. Bien sûr, c’est plus compliqué que ça, mais dans sa forme fondamentale, c’est ainsi que l’économie croît et que la richesse est créée. Ou du moins, c’est comme ça que c’est censé fonctionner.

Récemment, cependant, les banques se sont montrées plus intéressées à faire de l’argent en spéculant sur les actifs — en essayant d’acheter à bas prix et de vendre à prix élevé sur tout ce qui se négocie. Les produits dérivés (tels que les swaps, les options, les contrats à terme standardisés et autres contrats complexes) en sont un exemple. Techniquement, ces contrats sont censés réduire les risques financiers et occuper une place importante sur un marché moderne, mais les banquiers créent, achètent et vendent ces contrats à un rythme vertigineux, créant de l’instabilité en faisant monter les prix.

En raison de cette activité (que certains décrivent comme du jeu), les produits dérivés sont maintenant évalués à plus de mille billions de dollars (non, ce n’est pas une coquille, c’est un quadrillion de dollars, ce qui représente plus de 20 fois le PIB mondial). Cela fait ressembler la spéculation sur Bitcoin à de la petite monnaie. Plus important encore, le capital nécessaire n’est pas à la disposition des entrepreneur∙e∙s qui ont de la difficulté à faire croître leur entreprise.

Ça vous dit quelque chose ?

Dans une certaine mesure, la crise économique de 2008 a été causée parce que les banques n’ont pas fait leur travail, qui est de convertir l’épargne en investissements qui font croître l’économie. Au lieu de cela, les banques ont décidé de faire de l’argent en achetant et en vendant des prêts hypothécaires et des contrats de plus en plus complexes, tels que des titres hypothécaires et des swaps sur défaillance de crédit, qui étaient fondés d’une manière ou d’une autre sur les prêts hypothécaires sous-jacents. À un certain moment, tout le monde a perdu de vue ce qu’ils avaient réellement acheté ou vendu, et quelle était la valeur des actifs sous-jacents, ce qui a causé la crise financière (décrite de façon si mémorable dans le film The Big Short : Le Casse du siècle) et nous a laissé une gueule de bois économique qui ne veut tout simplement pas disparaître.

La leçon que nous aurions dû en tirer est que la hausse des prix des actifs (qu’il s’agisse de produits dérivés, de bitcoin ou de maisons) n’est pas la même chose que la croissance économique réelle. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, ce sont de nouveaux investissements dans les énergies renouvelables, les transports durables, les villes intelligentes, la médecine de pointe et d’autres secteurs prometteurs de la nouvelle économie qui créeront des emplois bien rémunérés dont nous aurons besoin demain.

Un regard vers l’avenir.

Si nous regardons vers les années 2020 et 2030, la question d’obtenir — et de garder — un emploi ne risque que de devenir plus difficile. On s’attend à ce qu’environ 40 millions de jeunes entrent sur le marché du travail chaque année, principalement en Afrique subsaharienne et en Asie, ce qui signifie que nous devrons créer près de 600 millions de nouveaux emplois au cours des quinze prochaines années pour les absorber.

Il s’agit là d’un énorme défi, mais c’est peut-être notre plus grande chance de mettre fin à la pauvreté et de réduire les inégalités dans le monde.

De bons emplois productifs ont été responsables de plus de 40 % de la réduction de la pauvreté au cours des décennies précédentes. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’investir dans de nouvelles entreprises et de nouveaux et nouvelles entrepreneur∙e∙s (en voilà une résolution de la nouvelle année !), parce que c’est ainsi que nous faisons croître l’économie réelle et parce que 90 % de tous les emplois dans le monde sont créés par le secteur privé.

C’est pourquoi ISF investit dans les initiatives, fournit du capital dont les entrepreneur∙e∙s qui créent de nouvelles entreprises socialement responsables ont grandement besoin et demande à l’Institution de financement du développement du Canada d’en faire autant. En fait, de nombreux pays dans le monde accordent des prêts au secteur privé dans le cadre de leur enveloppe globale d’aide au développement.

Qu’est-ce qui est mieux — des subventions ou des prêts ? Et si un prêt est consenti à des conditions plus avantageuses que le taux du marché, quel montant devrait être considéré comme une subvention ? Comment les deux devraient travailler ensemble ? Ces questions ont fait l’objet d’une certaine controverse — que nous explorerons en organisant un débat entre deux poids lourds du développement international : Julia Sánchez, présidente et chef de la direction du Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI), et Aniket Bhushan, analyste et chercheur principal à Canadian International Development Platform (CIDP), à notre prochain congrès, Ʃchanges 2018.

Si vous y êtes, j’ai hâte de vous y voir ! Sinon, surveillez cet espace pour un article de blogue et une vidéo récapitulative.

Bonne année à tous et à toutes !

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